Quand on commence une réadaptation, on aimerait bien avoir une idée claire du chemin à parcourir : combien de temps cela prendra, à quel moment la douleur disparaîtra et comment savoir si les traitements fonctionnent.
Mais la récupération ressemble rarement à une ligne droite ou à l’idée qu’on s’est initialement faite.
Certaines journées vont bien, d’autres moins bien. Certaines journées donnent l’impression d’avancer. D’autres, de revenir en arrière. Et entre les deux apparaissent souvent les mêmes questions : Est-ce normal? Est-ce que j’en fais trop? Est-ce que j’en fais assez? Est-ce que je vais vraiment retrouver mes capacités?
Voici quelques repères que nous aimerions que chaque personne connaisse dès le début de sa réadaptation.
Ma récupération ne sera probablement pas linéaire
Une mauvaise journée ne signifie pas nécessairement que vous avez perdu vos acquis. Il est normal et même parfois attendu d’avoir de moins bonnes journées. Il est normal d’apprendre de ces journées pour réajuster le tir.
La douleur et les symptômes peuvent fluctuer selon l’activité, mais aussi selon le sommeil, le stress, la fatigue ou la charge globale des derniers jours. Surtout, la douleur n’est pas le seul indicateur de votre progression.
En réadaptation, on s’intéresse aussi à ce que vous êtes capable de faire.
Je progresse peut-être si…
- je récupère plus rapidement après un effort;
- je tolère une activité plus longtemps;
- je réussis mieux à doser mes efforts;
- je recommence certaines activités que j’évitais;
- j’ai davantage confiance en mes capacités.
Les approches de réadaptation développées notamment par le chercheur Michael Sullivan mettent justement l’accent sur la reprise progressive d’activités et l’atteinte d’objectifs fonctionnels. Autrement dit : vous n’avez pas besoin de voir des progrès chaque jour pour être en train de progresser.
« J’ai encore mal. Est-ce que ça veut dire que je me fais du mal? »
Pas nécessairement.
Lorsqu’une condition est médicalement stable et que les examens sont rassurants, la douleur persistante n’est pas toujours le reflet direct de dommages aux tissus. Notre expérience de la douleur est complexe et influencée par des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.
Cela ne signifie surtout pas que « la douleur est dans votre tête ». La douleur est bien réelle. Mais douleur et dommage ne sont pas toujours synonymes.
Faut-il alors ignorer la douleur et continuer coûte que coûte? Non plus.
Le kinésiologue Yvan Campbell propose notamment le concept de point d’inflexion de la douleur pour aider à doser l’effort : apprendre à reconnaître le moment où une activité commence à augmenter la douleur afin d’ajuster l’intensité plutôt que d’osciller entre deux extrêmes — ne plus bouger du tout ou en faire beaucoup trop.
L’objectif? Trouver la bonne dose (le juste défi pour soi, le « just right challenge ») pour développer graduellement ses capacités.
Avoir peur de reprendre une activité est humain
- « Et si je me blesse à nouveau? »
- « Et si la douleur revient? »
- « Et si je retourne travailler et que je ne suis plus capable de suivre? »
Ces inquiétudes sont fréquentes. Elles peuvent parfois influencer davantage nos comportements que la douleur elle-même.
Le modèle de peur-évitement étudié en douleur persistante montre comment la crainte de provoquer de la douleur ou de se blesser peut mener à éviter certaines activités. À long terme, cet évitement peut contribuer au déconditionnement et à l’incapacité.
C’est pourquoi la réadaptation cherche souvent à réintroduire progressivement les activités qui font peur, dans un contexte sécuritaire : simulations de tâches, augmentation graduelle des exigences, résolution de problèmes et retour progressif au travail.
La confiance ne revient donc pas toujours avant de recommencer.
C’est parfois en recommençant graduellement qu’on retrouve confiance et donc, nos capacités.
Quelques pièges à éviter en réadaptation
En conclusion
Une réadaptation réussie n’est pas nécessairement un parcours sans douleur, sans doute ou sans mauvaise journée.
C’est plutôt un processus où l’on apprend à mieux comprendre ses symptômes, à doser ses efforts et à reprendre progressivement les activités qui comptent.
Et, petit à petit, à refaire confiance à son corps et à ses capacités.
Alors, lorsque vous aurez l’impression de ne pas avancer, posez-vous une autre question : qu’est-ce que je suis capable de faire aujourd’hui que je ne pouvais pas faire il y a quelques semaines?
Sources
- Sullivan, M. J. L. et coll. Travaux sur les facteurs psychosociaux, la catastrophisation, l’incapacité et le retour au travail en contexte de réadaptation.
- Vlaeyen, J. W. S. & Crombez, G. (2020). Behavioral Conceptualization and Treatment of Chronic Pain. Annual Review of Clinical Psychology, 16, 187–212.
- Vlaeyen, J. W. S. & Crombez, G. (1999). Fear of movement/(re)injury, avoidance and pain disability in chronic low back pain patients. Manual Therapy, 4(4), 187–195.
- Campbell, Y. Les 3 phases en gestion de la douleur chronique : le développement. Institut de kinésiologie du Québec.
